BYOD : un pas de plus vers un capitalisme sans salariés 10 Avril 2012

Depuis plus d’un demi-siècle, l’innovation technologique, née de la révolution de l’électronique, se renouvelle de façon ininterrompue, avec quelques ruptures majeures, comme l’invention de la microinformatique ou internet. Chaque fois, la vie des entreprises, de leurs salariés, tout comme l’existence quotidienne des individus, en sont plus ou moins bouleversées. Chaque fois, de nouvelles formes organisationnelles apparaissent, entraînant des redistributions des stratégies, des reclassements dans la hiérarchie des firmes dominantes.

Si l’on essaye d’avoir un regard en surplomb sur cette période, on peut avancer l’idée que le capitalisme s’est profondément transformé, des changements fondamentaux sont apparus : les périmètres de valorisation protégés par les frontières politiques nationales ont été supplantés par un espace global de confrontation ; la théorie de l’agence a vu les actionnaires s’émanciper de la production et s’enfermer dans une bulle financière exorbitante ; les salariés du monde entier sont mis en concurrence, etc. Un nouveau capitalisme se construit et, comme on le sait depuis Schumpeter, cette création se réalise en détruisant l’existant : rapetissement de la place des Etats, effacement du rôle du management, étiolement du statut salarial.

Pour en rester sur ce dernier point, on a pu voir, lors des dernières décennies, des remises en cause existentielles du statut du monde du travail : marginalisation du rapport salarial, multiplication des formes d’individualisation de la relation salariale, avènement  de l’obligation de résultat dans les modes de gestion de la main d’œuvre (travail en mode projet, leadership, agilité, flexibilité, autonomie individuelle et collective, travail coopératif ou collaboratif, travail à distance…) montée des statuts juridiques non salariaux (entrepreneuriat, autoentrepreneur).

 Dans ce trend déjà bien fourni, une nouvelle forme d’organisation vient d’apparaître, le BYOD (Bring Your Own Device) : Apportez votre propre matériel ; prenant en compte la diversité foisonnante des outils numériques apparaissant sur le marché, des entreprises « à la pointe »  offrent à leurs salariés la possibilité d’utiliser leurs équipements personnels pour effectuer leur travail, et non plus ceux fournis par l’entreprise. Cette innovation est accompagnée d’une autre, le workshifting (non encore traduit en français) dont le principe est : Travaillez où vous voulez quand vous voulez.

Sur un plan théorique, ces innovations peuvent raviver certains débats ancestraux sur l’après-capitalisme : le processus de passage à un système socialiste impliquait le « dépérissement de l’Etat », « l’abolition du salariat » : ironie de l’histoire, c’est le capitalisme qui est en train de les réaliser ! Du coup, l’avenir reste à nouveau à inventer.

Une telle innovation apparaît, si elle est confirmée par les décisions effectives des top managers, appelée à positionner la question du télétravail sur une échelle désormais stratégique. Le couplage BYOD-Workshifting répond, en effet, à maintes exigences , sans cesse rappelées dans les entreprises depuis de nombreuses années, d'élever le niveau de participation des collaborateurs dans chacun des actes de la production courante. Aujourd'hui, ce pli semble pris.


sources :
Editorial d'avril 2012 par Serge Le Roux, Réseau de Recherche sur l'Innovation
rrifr.univ-littoral.fr

Tags :
Innovation, Workshifting, Statut du salarié



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